1/ Quand on paie le travail, on rémunère quoi exactement ? Du temps, de la compétence, autre chose ?

Il faut distinguer entre la production de biens et l'offre de services. Dans le premier cas, on rémunérera plutôt la performance et l'implication, la cohésion d'équipe... Dans le second, on est aujourd'hui plus focalisé sur le diplôme et le niveau de qualification, avec des barêmes et des grilles ; contrairement à ce qu'on imagine, il y a moins de flexibilité de rémunération dans le secteur des services.

Quand on est stagiaire, la gratification reçue valide le temps passé ; l'entreprise peut y ajouter une reconnaissance du niveau de compétence. 

A l'inverse, on peut finalement renoncer à un premier emploi bien rémunéré, pour s'orienter vers un autre vécu comme plus "utile", quitte à travailler plus et gagner moins. Ne pas être rémunéré simplement pour un diplôme et une présence, mais pour quelque chose de concret, qui dépend directement du travail effectué (agriculture)

Quand on crée soi-même une entreprise, on peut choisir d'autres règles, comme discuter du mode de rémunération avec l'ensemble des personnes concernées, ou se donner d'autres critères que le temps passé, la qualification... Exemple d'une expérience en cours : une entreprise de bâtiment qui recrute des professionnels retraités ayant besoin d'un complément de revenu, et décide d'expérimenter une rémunération variable selon les besoins mensuels de chacun.

A l'occasion d'un changement choisi d'activité, la question de la perte de salaire ne se pose pas, on se demande seulement si on pourra vivre avec ce qu'on va gagner.

La rémunération d'un commercial se compose d'un fixe et d'une grande part variable. Ce qui intéresse l'entreprise, c'est le nombre de contrats signés. Je peux répondre à cette exigence tout en me fixant personnellement l'objectif de satisfaire au mieux le client, et là ça a du sens.

Dans une commune, les propositions faites aux adolescents distinguent clairement ce qui relève du projet collectif choisi par le conseil des jeunes et mis en oeuvre avec un budget alloué par le conseil municipal, et les stages effectués pendant l'été auprès des agents municipaux professionnels qui, eux, font l'objet d'une petite rémunération individuelle.

Avec le bénévolat de compétences, un salarié peut bénéficier d'une partie de son salaire, versé par l'entreprise, tout en travaillant dans une association à laquelle il apporte son temps et ses compétences.

2/ Le bénévolat peut-il être considéré comme du travail gratuit ?

Etre bénévole, c'est donner du temps, mettre des compétences au service des autres... sans rémunération en contrepartie ; en France on considère qu'il y a entre 12 et 14 millions de personnes bénévoles, et 1,1 million d'associations.

Dans les grands réseaux associatifs, l'activité menée par les bénévoles répond à des critères précis, on peut donc considérer que ça reste un travail. Non rémunéré ne veut pas forcément dire gratuit. La reconnaissance accordée à l'action de l'association par ses partenaires, notamment institutionnels, est une forme de rémunération...qui peut se traduire par des subventions. 

Dans le bénévolat, chacun choisit librement son niveau d'engagement.

On peut être bénévole sans être militant ou engagé dans une association particulière, mais plutôt en répondant à des sollicitations qui correspondent à nos compétences. Difficile alors d'éviter la question : est-ce que je ne prends pas la place d'une personne qui aurait pu être salariée pour la même mission ?

Une association, c'est aussi un réseau de gens qui partagent les mêmes valeurs, et peuvent même devenir amis. Cela va bien au-delà du "travail" effectué ensemble. Ce qui donne du sens à une journée de retraité, c'est de savoir qu'on va quand même être utile.

Une activité bénévole peut être très prenante sans être considérée ni vécue comme un travail, même si on emploie souvent le même vocabulaire. Dans le hand, on travaille en équipe, on apprend des techniques, on respecte des règles, on se forme pour entrainer des sportifs d'âges différents, ou pour être arbitre, on forme aussi son successeur pour que l'équipe continue... Mais la motivation vient de la passion pour ce sport, de l'envie de voir des jeunes grandir et progresser. 

3/ Peut-il y avoir de la gratuité dans le travail ?

Quand on démarre une activité, on est souvent tenté d'en faire plus, pour passer le cap de la période d'essai, pour convaincre... On peut considérer cela comme du travail gratuit.

Quand on aime, on ne compte pas ses heures.

La gratuité, on ne me l'a pas demandée, c'est moi qui l'ai proposée.

Travailler, c'est aussi s'épanouir, se réaliser.

La gratuité, c'est une question personnelle.

Quand on arrive à distinguer rémunération et besoin de consommation, on peut remettre l'argent à une autre place. Mais cela suppose d'atteindre un minimum de sécurité.

La gratuité est plus facile à envisager quand on reçoit et qu'on donne.

Les privilégiés ont le choix ; ceux qui font un boulot alimentaire, c'est autre chose.